En guise de préface

Congrès National Wallon

20-21 octobre 1945

Liège

 

En guise de préface

 

 

L'idée du Congrès National Wallon remonte au début de la guerre. Les militants wallons y songeaient déjà quand ils fondaient la Wallonie Libre, la Wallonie Indépendante, la Wallonie Catholique, le Conseil Economique Wallon et l'Association pour le Progrès intellectuel et artistique de la Wallonie.

 

C'est en 1942, à l'initiative de la Wallonie Libre, que quelques hommes de tous les partis se réunirent clandestinement à Liège pour jeter les bases des grands assises qui se sont tenues les 20 et 21 octobre 1945.

 

Dès le départ, leur accord se fit sur le programma du Congrès : rechercher le solution qui permettrait aux Wallons de faire bloc et d'assurer au moins le redressement et la libération de la Wallonie. Plusieurs tendances, en effet, se faisaient jour chez ceux que préoccupait le sort de notre petite patrie. Les uns, modérés, se satisfaisant d'un fédéralisme au sein de la Belgique. D'autres allaient plus loin et revendiquaient l'indépendance de la Wallonie ou son rattachement à la France. Il était indispensable de faire l'unité.

 

La fuite de l'ennemi facilita considérablement les efforts des organisateurs. Leur groupe s'élargit. Des concours précieux furent obtenus et la date du Congrès fut enfin fixée aux 29 et 30 septembre 1945.

Mais, on apprit bientôt que le ministre de la Défense nationale comptait venir à Liège le 30 septembre pour apporter à la Cité ardente la coix de guerre qui lui avait été octroyée par le régent. Il ne pouvait être question de faire coïncider l'assemblée et la cérémonie. Il fallut donc reporter la première aux 20 et 21 octobre 1945.

 

Le comité du Congrès National Wallon essaya de composer celui-ci de la manière la plus représentative possible. Il invita les ministres, députés et sénateurs wallons, les bourgmestres de nos grandes villes, des militants des divers partis sans exception, des professeurs des facultés de Liège, de Louvain, de Bruxelles et de Mons, des membres de l'enseignement moyen et primaire, des industriels, des commerçants, des avocats, des médecins, des ingénieurs, des syndicalistes, des fonctionnaires, des ouvriers, des paysans. Les organisations wallonnes politiques, culturelles, professionnelles et économiques ne furent pas oubliées, comme il se comprend.

 

Le sentiment d'un congrès ainsi composé était certes en avance sur l'opinion moyenne de la population wallonne. Il reproduisait en tout cas, assez fidèlement, celle de ce que nous pouvons appeler la Wallonie éveillée et consciente.

 

Il fut décidé de demander aux congressistes de faire un choix parmi les quatre grandes catégories de thèses généralement défendues : le maintien de la structure unitaire de la Belgique avec des modifications plus ou moins importantes dans l'appareil constitutionnel et légal, l'autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique, l'indépendance complète de la Wallonie et enfin la réunion de la Wallonie à la France.

 

Certains esprits inquiets ont reproché au comité du Congrès d'avoir mis les solutions séparatistes sur le même pied que les autres. Qu'aurait-il fallu faire? Taire au pays l'existence et la force d'une tendance? Aider au jeu de l'autruche qui ne veut pas voir le danger? Laisser croire que tous les Wallons veulent la pérennité de la Belgique, alors que la chose est manifestement inexacte?

 

N'était-il pas préférable de montrer à Bruxelles, à la Flandre et au monde que si les Wallons sont gens raisonnables, les vexations qu'ils subissent ont eu pour conséquence de détacher beaucoup d'entre eux de l'idée belge et qu'en vérité la situation est grave?

 

Pour dégager les réalités, les organisateurs ont eu recours à un double vote. Par le premier, les participants exprimaient leurs préférences personnelles, sur le plan de l'abstrait, compte non tenu des contingences intérieures et extérieures. Par le second, ils s'arrêtaient sur une formule concrètes et pratique.

 

Cette façon de procéder a donné les résultats que l'on trouve d'autre part. Elle a été approuvée par tous ceux qui mettent au-dessus de tout le souci de la clarté et la haine de l'équivoque. Grâce à cette méthode, on sait aujourd'hui qu'il existe un problème wallon et qu'il est urgent de le résoudre si l'on veut éviter l'explosion.

 

 

                                                                                                          Fernand SCHREURS.

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