Aigle Blessé 2009 - R.Collignon

AIGLE  BLESSE  2009

 

 

C'est un peu comme les marées, ces mouvements perpétuels, un peu comme ces paysages immuables, plus imperturbables que les glaciers qui rétrécissent à vue d'œil, c'est un peu comme ces désordres apparents de la nature qui finissent toujours par rejoindre un point d'équilibre.

 

On avait enfin osé parler, de cette fin de, de cette séparation, de cette ère nouvelle où deux peuples, ô combien différents, se tourneraient le dos.

 

Moi-même, combien de fois, n'ai-je pas annoncé ce moment comme un fait inéluctable.

Je continue à croire que j'avais, que j'ai encore raison. Simplement, je ne pouvais estimer la chronologie du phénomène. L'Etat Belgique est toujours là. Sur la carte et dans les commentaires internationaux, un Etat existe et son nom est Belgique. Il est doté d'un roi, un peu débonnaire, d'un prince héritier qui véhicule son discours hésitant au fil des missions économiques, de quelques artistes dont la renommée ne s'encombre pas d'une origine régionale illisible à Paris ou à Genève.

 

Et pourtant…au quotidien et de l'intérieur de la fourmilière…il y a bien deux clans, deux visions, deux logiques, deux cultures, deux modes de vie et de penser.

 

N'importe quel être sensé peut s'en rendre compte…sauf les Wallons. Ils sont les premiers concernés et ils continuent à ne rien voir. Pire. Ils ne veulent rien voir.

 

Ils font campagne pour les élections régionales en dissertant sue les matières fédérales Et pire que des iconoclastes et des iconodoules de l'Empire byzantin, ils s'acharnent à savoir qui est le moins fréquentable en Wallonie, qui a fait en sorte que la terre wallonne n'en finit pas de ne pas se relever. Tous, à grands renforts d'éditoriaux et de reportages fielleux, en appellent à un changement salutaire pour la Wallonie.

 

Les Wallons ont fait leur choix. Ils ont fait parler les urnes. Alors que les Flamands ont choisi le correctement nationaliste, les Wallons ont opté pour le désuettement belgicain. Alors que la Flandre est déjà un Etat dans l'Etat, la Wallonie n'est est même pas encore à se tâter. Ils n'ont rien vu venir. Ils n'en finissent pas de ne rien voir venir. Aveugles qu'ils sont jusqu'à ne pas voir des Flamands confédéro-séparatistes et des Wallons régionalistes modérés sans identité.

 

C'est un point tel que ceux qui, en terre francophone, s'aventurent encore dans l'imaginaire de l'après-Belgique, ont tout des groupuscules de retraités…qui pinaillent sur des statuts, des anathèmes de non reconnaissance réciproque, une légitimité inatteignable. Et ces troupes représentent à tout casser 200  personnes.

 

Et puis, il y a ceux qui rêvent encore d'une identité francophone, n'imaginant pas qu'ainsi, ils souscrivent à la thèse flamande de la communauté culturelle. Ainsi les travaux du groupe Wallonie-Bruxelles qui se solda par un inventaire de questions. A sa décharge, je reconnais que ce club de réflexion intra francophone n'exclut pas de nouveaux transferts de compétences. Mais il n'a pas proclamé assez fort sa conclusion la plus intéressante, à savoir qu'il faudra quand même bien que la Flandre accepte l'idée que seule une Belgique à trois région a des chances de survie, elle qui a toujours imposé l'affrontement communautaire à deux.

 

Je me suis fait aujourd'hui à l'idée qu'il n'y aurait pas de révolution mentale en Wallonie. Mais il y aura, c'est certain et sans doute heureusement, un électrochoc flamand. Ils obtiendront d'autant mieux leurs réformes qu'ils le feront sous le couvert du raisonnable… et du politiquement très correct. Ils ont pardonné une fois la non-réforme de l'Etat du Cd&v.

Kris Peeters, qui est loin d'être un tendre; ne prendra pas le risque d'un second faux départ. L'argument francophone de la demande de rien est déjà balayé.

 

Alors quoi ? Dans un an, devant ce monument, sur cette terre où la Wallonie a été séparée

de la France, que se passera-t-il ?  Prendrons-nous la parole en région wallonne d'un Etat fédéral ?  Le ferons-nous sur un territoire émancipé, maître absolu de son destin ?

Je ne me risque pas au pari. Je veux regarder l'avenir sans un regard timoré.

Que l'histoire se fasse, et que la Wallonie en soit un acteur sans crainte et sans retenue.

 

 

 

Robert  COLLIGNON

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