« L’identité wallonne » F. Bonmariage

Qu’est-ce qui fait qu’une expression commune existe ?

Existe-t-elle vraiment ?

Généralement, le Mouvement wallon n’est pas pris au sérieux dans le public. Il y a comme un désengagement de la plupart des gens en ce qui concerne le comportement politique qui devrait consister à construire un projet : découragement et un « à quoi bon », quand ce n’est pas une sympathie à connotation folklorique, une moquerie ou une condamnation

pure et simple. Au nom de quels principes ?

Le premier élément constitutif de notre identité wallonne consiste donc en une tâche d’information et d’encouragement. Ce n’est pas simple !

L’objectif est d’être compris et admis par tous !

1. Au cours des derniers mois, quelques analyses d’experts ont été éditées dans un grand quotidien francophone dont la réputation et l’autorité donnent un poids réel à notre proposition.

1.1. Selon le sociologue belge Felice Dassetto, les francophones n’ont pas produit un projet propre autrement que dans le cadrage du projet de l’État-Nation flamand.

  Ils n’ont été capables que de jouer sur le terrain, dans la vision et les règles flamandes.
1.2. Selon Jacques Lippert (Institut Européen des Relations Internationales, directeur-adjoint de l’Académie Diplomatique Européenne), il existe deux conceptions antinomiques de la vie citoyenne et politique : la conception « ethnique » et la conception « élective » ou « civique » :

  La conception « ethnique » de la nation fondée sur l’idée de racines communes, par opposition à la conception « élective » ou « civique » qui repose sur un choix politique, semble avoir de beaux jours devant elle.

En Wallonie, cette conception « ethnique » n’a pas de correspondance, de solidité, ni de fondements historiques…

La voie est ouverte à l’indépendance sournoise et inéluctable de la Flandre, sinon à une colonisation cachée mais effective. De plus, aller jusqu’au bout de ce processus ou continuer la politique de marchandages fastidieux et louches de compromis à de longues crises sans cesse renouvelées envoie notre démocratie inéluctablement dans l’impasse.

1.3. De même que, comme le prônent les politiciens flamands, « négocier » une nouvelle association de la souveraineté dans un État confédéral ne peut exister en droit politique ! C’est ce que développe Philippe de Schoutheete (professeur à l’Institut d’Etudes européennes, conseiller auprès de la Commission européenne.)

Tout modèle confédéral repose sur une souveraineté plurielle et partagée entre entités qui reconnaissent au préalable leur souveraineté réciproque.

Une grande partie du milieu politique flamand (comme Luc Van den Brande) prône un modèle confédéral. Cette attitude est nécessairement séparatiste.

Dans le monde contemporain, toute souveraineté étatique repose sur une base territoriale. La Région est une collectivité – entité territoriale – reconnue par la Constitution et l’Union européenne. Il y a en Belgique trois Régions, dont la Région wallonne.

2. Dans un passé récent, des intellectuels de notre Région ont exprimé leur prise de conscience.

Intéressant de rappeler au moins deux autorités reconnues :

a) Charles Plisnier, poète, essayiste et romancier, s'est longuement exprimé sur la Wallonie. Au Congrès National Wallon de Liège en 1945, il déclare :

 

Tous les hommes en Wallonie ne sont pas arrivés à une prise de conscience décisive. Cette prise de conscience est dans la démarche de l’expérience ultime que la Wallonie doit effectuer.

Quelle est cette démarche ultime ? Comment la définir : un vote pour le fédéralisme ou une indépendance ? Plisnier ne formule pas clairement la démarche. Mais il en exprime la nécessité.

b) Jacques Leclercq, expert en droit et en philosophie, théologien et professeur au Facultés Saint-Louis et à l’UCL. Dans « Les catholiques et la question wallonne » (1963), il écrit :

 

Les Flamands forment une communauté homogène, qui poursuit ses objectifs centrés sur le bien de la Flandre, et qui ne trouvent pas chez les Wallons un interlocuteur valable, qui serait une communauté wallonne ayant même densité et même action

systématique. La Belgique est comme un char qui n’aurait de roues que d’un côté. Ce char doit verser.

3. Des prises de position politiques pour la Wallonie ont été menées clairement. Pourquoi n’ont-elles pas été suivies ? Elles font partie de notre histoire et de notre patrimoine. Pourquoi ne sont-elles pas connues du public ?

a) De nombreux Congrès wallons se tinrent à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Les plus importants eurent lieu de 1945 à 1960. Lors du Congrès de 1945, présidé par Joseph Merlot, un vote à 46 % a été enregistré en faveur de la réunion à la France. Il est question aussi du ralliement au (con)fédéralisme.

Il convient aussi de rappeler le ralliement d'André Renard au Congrès national wallon de Charleroi, en mars 1950, suite au rejet du retour du roi Léopold III par l'opinion wallonne quelques jours auparavant.

b) En 1960, l’écrivain Marcel Thiry écrit la « Lettre aux jeunes Wallons ».

Il s'engage aux côtés d'André Renard pour sauver l'existence de la

Wallonie comme peuple français.

En 1968, il siège au Sénat en tant qu’élu Rassemblement wallon.

Il défend la langue française et les minorités de langue française. Délégué par le gouvernement à l'ONU, il est présent aux Conférences de Niamey,

de Genève et de Liège.

c) Au cours de l’hiver 60–61, André Renard crée le Mouvement populaire wallon (MPW). Au sein de ce groupe, il milite pour relancer l’activité économique grâce aux réformes de structures. Pour lui, seul le fédéralisme peut créer les conditions favorables aux réformes de structures économiques qui créeront elles-mêmes les conditions de l’expansion économique dans le progrès social.

Les militants s’inscrivent en masse au MPW qui perd son meneur en 1963 et décline à partir de ce moment. Se souvient-on d’André Renard ?

d) Le Rassemblement wallon, créé à la veille des élections de 1968, est présidé au début par François Perin. Celui-ci quitte le RW en 1976 et fonde le Parti pour les Réformes et la Liberté de Wallonie.

Il démissionnera spectaculairement du Sénat en 1980 en déclarant : ne pouvoir rester représentant d'un État auquel il ne croit plus et d'une nation qui n'existe plus. 

e) Le Rassemblement wallon est un parti politique fédéraliste. Il fait partie du gouvernement Tindemans en 1974 et impose une régionalisation préparatoire. Il finira par se diviser en différentes factions et disparaîtra de la scène politique en 1985. Pourquoi ?

C’est pourtant un mouvement réellement populaire, qui prend en mains non seulement les problèmes communautaires mais aussi des projets à long terme dans tous les domaines. Son programme, défini lors de sa création en 1968, sera précisé par les congrès de juin 1968 et de mars 1969 et 1971.

On y retrouve des thèmes actuels et progressistes allant clairement dans le sens du pluralisme et de la démocratisation.

Faut-il rappeler les grandes lignes d’une politique très actuelle à ce moment précis d’une grave crise économique mondiale où des grands principes sont mis en évidence ?

Le RW défend un État fédéral aux institutions strictement paritaires, une Assemblée wallonne dotée de réels pouvoirs pour opérer la reconversion industrielle.

Au niveau politique, il prône le référendum d’initiative populaire en vue d’une plus grande démocratisation.

Sur le plan économique, il demande que soient mis à l'étude de nouveaux organismes, avec la libre disposition des ressources naturelles, l’édification de l'Europe pour lutter contre une survie compromise. Dans les conseils des grandes entreprises, il souhaite que le capital abandonne la majorité qu'il détient.

En matière culturelle et sociale, il défend les intérêts de la langue et de la culture françaises et programme la réforme de la sécurité sociale, la politique familiale, la démocratisation de l'enseignement (écoles pluralistes).

f) Léopold Génicot fut toute sa vie un ardent militant wallon, membre de Rénovation wallonne et du Rassemblement wallon, candidat aux élections européennes. Sa position sur les problèmes wallons s'est radicalisée au fil du temps.

En 1986, il écrit :

 

Je voudrais que les richesses de la Wallonie soient connues des jeunes, c'est à eux qu'il faut révéler la Wallonie.


Conclusion

La Flandre a travaillé à la construction et à la consolidation d’un État-Nation flamand à part entière. Il s’agit d’une évolution constante dont les effets sont inéluctables dans sa conception ethnonationaliste. C’est un combat du XIXe siècle mais qui est réel et qu’il faut admettre en ne banalisant pas les manifestations de radicalisation linguistique condamnées par les instances internationales.

Jusqu’ici, les responsables politiques wallons n’ont pas réussi à produire un projet propre autrement que dans cet ensemble présenté par le projet État-Nation flamand.

Pas de projet autonome, pas de vision. Pas de vue commune au niveau social, culturel et moral. Pas de sens politique, mais une attitude politicienne de clan, de marchandage et de protection de la part du chef pour ses fidèles électeurs.

 

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